Les figures de proue

Figure de proue :

La proue est la partie avant d’un bateau. Elle comprend diverses pièces de structure dont, quand elle existe, l’étrave, et les superstructures situées à l’avant, comme le mât de beaupré et le pavois avant.

La figure de proue est la sculpture placée à l’avant de certains navires, de commerce ou de combat, à rames ou à voile, au-dessus de l’étrave. Les figures de proue, dans l’Antiquité, représentaient souvent des animaux symboliques, des divinités, des êtres humain (intégralité ou réduit au buste voire uniquement à la tête) évoquant souvent le nom du navire. (C’est aussi une métaphore pour désigner une personne mise en avant.)

La poupe, à l’autre extrémité du navire, correspond à l’arrière.

                                            
Figure de proue
d'un bateau "de Mars"
1821.
Musée National d'Histoire

 

                Armoiries servant 
                                                                      de figure de proue

Forme

La forme de la proue joue un rôle considérable sur la résistance à l’avancement. La conception de sa forme a par conséquent donné lieu à de nombreuses études. La question se pose avec plus d’acuité dans le cas des brise-glaces. Leurs rakes (angles d’étrave), de dévers, de section longitudinale et de flottaison contribuent au déglaçage, à la submersion de la glace et au dégagement de la glace, et doivent aussi être pris en compte.



 

Une pratique ancienne

L’habitude de décorer les navires remonte aux époques les plus lointaines de l’Antiquité. On se concilie les bonnes grâces des divinités de la mer en se mettant sous leur protection. Pour repousser les esprits maléfiques, Egyptiens et Grecs peignent à l’avant de leurs navires un œil porte-bonheur.

(Dans la légende de la mythologie grecque Jason et les Argonautes, la figure de proue est une statue de Héra qui conseille les aventuriers face à certaines épreuves.)

Les ophthalmoi sont des éléments de navires anciens placés en proue et symbolisant des yeux de dieux ou déesses, placés pour porter chance.

La figure de proue des navires phéniciens est souvent un cheval ; celle des bateaux vikings une tête de dragon ou de serpent.

A l’époque moderne, le décor naval sert de signe de reconnaissance et révèle l’identité politique et culturelle de l’équipage du vaisseau. Outre, cette valeur informative, on attribue toujours à ces ornements une fonction prophylactique. Avant 1660, la décoration navale des vaisseaux de guerre est laissée à l’imagination des sculpteurs recrutés parmi les compagnons. L’artiste est à la fois le concepteur et le praticien.

Apogée au XVIIe siècle et décadence ultérieure

À l’époque de Louis XIV, les navires de guerre à trois ponts représentaient le nec plus ultra de la guerre navale, avec leurs innombrables canons aux sabords, mais devaient aussi refléter la magnificence et la puissance royale. C’est donc l’époque où les grands navires comme le Soleil-Royal (détruit lors de la Bataille de la Hougue) portaient de nombreuses décorations sculptées, notamment sur le château arrière, mais aussi, naturellement, des figures de proue splendides, polychromes et parfois dorées à la feuille, dont certaines d’après des dessins de sculpteurs réputés, comme Pierre Puget ou Antoine Coysevox.

On retrouve la même décoration exubérante sur les vaisseaux de la Compagnie des Indes Hollandaise, notamment l’infortuné Batavia, naufragé sur les Abrolhos de Houteman après une mutinerie, ou sur le tout aussi infortuné Vasa, grand navire de guerre suédois qui chavira et coula le jour même de son lancement.

Toutefois ces magnifiques sculptures représentaient aussi une gêne pour la manœuvre, voire un risque au combat, en facilitant l’accrochage des grappins ennemis lors d’un abordage.

Il existe une lettre de Colbert à son fils et collaborateur, le marquis de Seignelay préconisant des décorations plus sobres, pour les raisons citées (et également pour des motifs de coûts).

Aux XVIe et XIXe siècles les ornements et les figures de proue se firent plus modestes, mais persistèrent tant que dura la construction navale en bois, c’est-à-dire jusqu’à l’époque des clippers.

 

Ainsi le Cutty Sark, préservé à Greenwich s’orne d’une statue de femme très court (dé)vêtue, en référence à la “petite chemise” (traduction de l’écossais Cutty sark) que porte la séduisante magicienne Nanny Dee qui a ensorcelé le naïf (et quelque peu ivrogne) paysan écossais Tam o’ Shanter (d’après un poème comico-épique de Robert Burns).

Avec l’avènement de la construction navale en fer puis en acier et de l’ère de la vapeur, les figures de proue disparurent peu à peu (certains voiliers en fer ou en acier de la compagnie AD Bordes en arboraient encore au début du XXe siècle).

 

Le règne de Louis XIV :

Un décor à la gloire du roi Secrétaire d’état à la Marine, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) entreprend une politique de centralisation culturelle. Dès 1668, il insère la décoration navale au sein de tous les autres arts du royaume qui sont susceptibles de mettre en exergue la personne royale. Il place donc l’art naval entre les mains de Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre du roi et directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Tout le décor des vaisseaux de guerre doit viser, comme le dit le ministre, à faire « éclater sur mer la magnificence de Sa Majesté ». Le Brun instaure un programme iconographique que les sculpteurs des arsenaux doivent désormais suivre. L’originalité de la décoration navale française est d’adapter son iconographie au nom porté par le vaisseau : un nom lié à la mythologie du Roi Soleil-Apollon (Le Brillant, Soleil-Royal…) ou en rapport avec une qualité attribuée au monarque (Le Courageux, Le Fort, Le Bon…).

Les dessins préparatoires

Dans chaque arsenal, un atelier de sculpture est mis en place pour préparer les éléments décoratifs. L’atelier est placé sous la direction d’un maître-sculpteur. A Toulon, c’est un artiste reconnu, Pierre Puget (1620-1694), qui est nommé responsable de l’atelier. Pour calmer les velléités des sculpteurs tentés de céder à « la démangeaison de faire de belles figures », Colbert songe à uniformiser le décor des vaisseaux. Comme aucun des modèles types fournis par les maîtres-sculpteurs ne lui paraît convaincant, il en confie la réalisation à un seul homme, Jean Bérain (1640-1711). Celui-ci conçoit de 1685 à 1711 plus d’une centaine de projets, presque la totalité du décor de la flotte française. Pour chaque navire, il réalise trois dessins préparatoires à l’encre noire et au lavis : un profil de la figure de proue, un profil de l’arrière (les bouteilles), une vue de la poupe (arrière).

Le modèle de cire

A partir de ces dessins et avant de passer à la taille directe du bois, le sculpteur réalise un modèle réduit qui restitue les trois dimensions de l’objet à sculpter et en facilite l’exécution. Ces modèles peuvent être en bois, en terre, plus fréquemment en cire. Ils constituent des œuvres à part entière dont l’élégance et la finesse sont parfois supérieures à celles du dessin préparatoire, voire de la sculpture achevée. La cire utilisée est généralement composée de cire jaune, de graisse de porc fondue, d’essence de térébenthine. Les ingrédients sont mélangés à chaud puis des colorants naturels (garance, safran, céruse, ocre rouge, malachite…) sont ajoutés. Après refroidissement du mélange sur une plaque de marbre, le travail s’effectue à la main, en s’aidant parfois d’une armature de bois ou de métal. La cire se modèle facilement. Quand elle est bien chaude, on la malaxe avec les doigts. Ensuite, on la travaille avec de petits outils que l’on chauffe à la flamme pour les détails : plis du vêtement, mèches de cheveux… Le musée possède 14 figures en cire, dont les plus anciennes sont datées des années 1750. Elles offrent un témoignage exceptionnel de l’art particulier de la céroplastie appliqué à la sculpture navale. Malgré leur extrême fragilité, ces rares projets ont résisté au temps, alors même que les figures de proue auxquelles ils ont servi de modèles ont disparu à jamais.

Le décor de la Réale

Le musée conserve un exceptionnel décor sculpté : celui de la galère Réale. A la tête de la flotte des galères de France, elle se distingue par des dimensions presque exagérées et une décoration somptueuse, à la hauteur des aspirations monarchiques. De 1662 à 1748, neuf Réale sont successivement construites dans l’arsenal de Marseille, chacune parée de sculptures allégoriques à sa poupe, comme les Renommées soufflant dans leur trompette. Centré autour de la figure d’Apollon, l’ensemble décoratif est dédié au Roi Soleil. Comme à Versailles, le souverain est représenté sous les traits du dieu de la lumière et de la beauté. Sa lyre à la main, Apollon dirige les quatre coursiers fougueux qui tirent son char ; au-dessus de sa tête, des putti (amours) déroulent la devise du roi : « Nec pluribus impar » Au-dessus du reste des hommes. A ses côtés, figurent les grandes divinités de l’Olympe : Jupiter avec l’aigle et le foudre ; Junon accompagnée d’un paon ; sur un lion, Cybèle tenant une corne d’abondance ; sur un dauphin, Neptune armé de son trident. Sous les pieds d’Apollon apparaissent l’écrevisse, le lion, et la vierge, les trois signes astrologiques de l’été.

Le règne de Louis XV : Un décor ornemental

Pour succéder à Jean Bérain, on sollicite en 1715 un ornemaniste de talent, Antoine-François Vassé (1681-1736). Sous son influence, le décor naval s’inspire de l’art rocaille, un style plus ornemental. Les feuilles d’acanthe et les coquilles envahissent les panneaux. Vénus, nymphes et putti (anges joufflus) se multiplient. Le décor s’adapte au nouvel esprit moins belliqueux et aux nouveaux noms des vaisseaux (L’Agréable, L’Aimable…).

Un profond changement de style apparaît en 1760 : le style néoclassique, inspiré des ruines de Pompéi que l’on vient de découvrir. Pour alléger davantage les vaisseaux, on supprime certaines superstructures de la poupe. Cela réduit considérablement la surface à décorer.

 Le règne de Louis XVI : Une uniformisation du décor

Le recul de l’absolutisme puis l’abandon de l’art comme véhicule du discours politique accentue le désintérêt pour le décor naval. En 1777, des mesures sont prises pour uniformiser les figures de proue. A la place des figures allégoriques d’autrefois, le secrétaire d’état à la Marine, Antoine de Sartine (1729-1801), impose le lion. De 1782 à 1786, les plans types des vaisseaux s’accompagnent d’une systématisation du décor et d’un choix de style non figuratif. Le décor est maintenant réduit à des frises d’ornement à la poupe et un simple cartouche à la proue. A la fin de l’Ancien Régime, la décoration navale est réduite au symbole des armes royales.


Figure de proue de l'Hermione
représentant un lion;
emblème du pouvoir royal.






 De la Révolution à l’Empire : Le renouveau figuratif

A la Révolution, les vaisseaux doivent révéler la nouvelle identité de la France. Les figures allégoriques reviennent donc à la proue de navires qui portent des noms symboliques (le Révolutionnaire, les Droits-de-l’Homme, le Tyrannicide…). Sous l’Empire, le décor reste lié au pouvoir en place et s’inspire du vocabulaire antique : aigle, couronne de laurier, faisceaux des licteurs… Sous Napoléon III, de grands personnages historiques sont choisis comme protecteurs des vaisseaux. Pour sculpter leur figure, il faut inventer ou s‘inspirer de la littérature car on ne connaît pas toujours leur vrai visage. Ainsi, la figure sculptée de Charlemagne s’inspire du portrait peint à la même époque pour orner le musée de l’Histoire de France à Versailles.

Les figures de proue originales sont peu conservées, car le plus souvent elles ont été détruites lors des batailles navales. Certaines sont exposées dans des musées de la Marine, comme celui de Rochefort.

La fin du décor naval

En France, le XIXe siècle marque la fin des figures de proue dans la marine militaire. Cet abandon est cruellement ressenti par les sculpteurs des villes portuaires. La dernière figure de proue française est celle du cuirassé Brennus. Brennus est ce chef gaulois, vainqueur de Rome, à qui l’on doit le fameux « Vae victis ! » Malheur aux vaincus ! C’est un exemple de réemploi inattendu : En 1899, le commandant du Brennus, désireux d’acquérir une figure de proue pour son cuirassé, se rend dans l’atelier de sculptures de l’arsenal, afin de chercher un buste approprié pour son navire. Il choisit une figure de Cérès et la fait transformer en fier Gaulois par le charpentier du bord. Le mécanicien achève le travail en lui ajoutant le casque ailé en cuivre. Loin de faire corps avec la proue du navire, le buste est déposé sur le pont avant.


La Recouvrance

 

 

 

 

 

 

Proue du Cuauhtemoc

 

 

 

 

 

 

Aphrodite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce buste de l’empereur Napoléon I était la figure de proue du vaisseau le Iéna en 1846. Il est réalisé ne bois résineux polychrome. La bataille d’Iéna de 1806 est le

symbole de la grande victoire des troupes de l’empereur sur celles de la Prusse. Dès lors, il n’est pas étonnant que Napoléon I ait ensuite comme ici été représenté vêtu tel un empereur romain triomphant. Cette pièce historique est visible au Musée de la Marine à Paris.

 

 

 

 

Le Canot impérial de Napoléon Ier :
Sa construction a été décidée dans le plus grand secret au printemps 1810, lorsque l’Empereur proposa de se rendre à Anvers pour visiter l’arsenal, dont il avait ordonné la création quelques années plus tôt

 

 

 

Sources : wikipedia, musée marine, corderie royale, les portes du temps, noblesse et royauté.

(Dora)

2 pensées sur “Les figures de proue

  • 25 mai 2020 à 19 h 06 min
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    Très bon article.Merci. Il y a de belles figures de proue au musée de Tresco aux Scillys , destination fréquente de Naoned, Voir aussi le musées maritime de Toulon, St Tropez et Rochefort

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    • 28 juin 2020 à 18 h 02 min
      Permalink

      Merci ! c’est bon à savoir lors de nos escapades avec NAONED !

      Répondre

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