À quoi ressemble un stage de perfectionnement sur Ti’ Braz ?

Du 1er au 5 novembre dernier, Dominique Dandelot a assuré un stage perfectionnement qu’elle raconte… par le menu.

“Après une petite réunion autour d’un repas convivial, nous avions défini quelques objectifs : perfectionner les différentes manœuvres, virements vent debout, virement lof pour lof, mise à la cape, envoi du spi, empannage sous spi, poser Ti Braz sur la vase dans l’arrière-port de Sauzon, à Belle-Île. Tout cela dépendait bien sûr de la météo.

Le stage débute donc en milieu de semaine, le mercredi 1er novembre. Pendant que trois des équipiers s’occupent de l’avitaillement le matin, les deux autres préparent le bateau, ce qui nous permet de quitter le port vers 13h30, après avoir déjeuné.

Faire connaissance avec l’équipage et avec le bateau
Nous nous sommes concertés la veille pour savoir quelle destination choisir : Port Haliguen, pour avoir du chauffage un soir de plus (il commençait à faire froid), La Trinité ou Saint Gildas sur l’île de Houat. La météo nous annonçant un vent de Sud-Sud-Est, nous optons pour Houat, ce qui nous permet d’envisager pour le lendemain un passage des Béniguets au portant (car on envisageait d’aller jusqu’à Belle-Île). Après une petite traversée au près, bon plein dans de bonnes conditions, ce qui nous permet de faire connaissance entre nous et avec le bateau, nous arrivons à Saint Gildas vers 17 heures et nous prenons donc 2 coffres avec embossage dans ce charmant petit port.

Le lendemain matin, l’objectif est d’aller se poser dans l’arrière)port de Sauzon, mais attention, nous devons anticiper : qui dit « se poser », dit « peut-être repartir dans la nuit… quand il y a suffisamment d’eau pour repartir » et ça se calcule. Il faut que tout l’équipage soit d’accord. Nous sommes donc dans le port de Houat, jeudi matin.

Pas un souffle d’air
Réveil de l’équipage à 7h30. Tous les calculs ont été fait la veille. Il faut passer les Beniguets avant 09h30 pour avoir les courants avec nous. Je ne sais pas si le pilote avait particulièrement des grand pieds ce matin-là ou si les courants étaient particulièrement forts, toujours est-il que nous quittons  la baie de Quiberon les 08h00 tout juste passés, et mettons cap sur Sauzon tout au moteur, car il n’y a pas un souffle d’air.

Notre destination est vite atteinte et après quelques manœuvres de prise de coffre devant le port, le stage se transforme en atelier de plomberie et découverte des réseaux d’eau du bateau : la cuve à eau noire refoule dans les toilettes et indépendamment de cela, nos réserves d’eau douce sont anormalement faibles.

Une consommation d’eau… déraisonnable
Le coupable pour l’eau douce est vite trouvé, c’est l’équipage et sa consommation plus qu’irraisonnable. Cela modifie notre programme car il nous faut ajouter le remplissage des réservoirs aux manœuvres, avant de se poser dans le port de Sauzon. Il est encore trop tôt pour rentrer dans le port. Au fond du port, dans la vasière, là où il faut à la fois remplir nos réservoirs d’eau et prendre un coffre, il n’y a pas d’eau du tout, la mer est basse. Nous ne pourrons rentrer que dans deux heures et demie, tout juste le temps de travailler l’envoi du spi, faire quelques empannages sous spi puis quelques virements de bords.

L’heure du retour ayant sonné, nous rejoignons le port. L’étrave à peine passée la jetée, un “Dominique !” nous appelle d’un RM rutilant, amarré à deux coffres: Ce sont Jérôme et Anne, des anciens du CMN. Jérôme filme notre entrée, ce qui rajoute à l’enjeu des manœuvres qui se doivent d’être particulièrement réussies, il en va de l’honneur du chef de bord et de son équipage. Les pleins d’eau faits, nous nous embossons avec panache sur les coffres à coté du RM. Après avoir partagé le goûter, et nos plans pour le lendemain avec Jérôme et Anne sur leur bateau, nous retrouvons notre bord. La journée se termine pendant que Ti’Braz se pose tranquillement sur la vase du magnifique petit port de Sauzon.

Cadences infernales…
Mais le vendredi matin, c’est là que le stage commence à être rigolo…. façon de parler ! Réveil matinal,  lever 5h du matin pour déplacer le bateau avant qu’il ne soit trop tard afin de  rester à flot et manœuvrant ; direction l’extérieur du port pour une prise de coffre, sportive, avec harnais, bien sûr et longes : la nuit, on ne rigole plus ! Et on se recouche jusqu’à 8 heures du matin.

Après un briefing, la décision est prise d’abandonner le projet initial de faire le tour de Belle-Île. En effet, la situation météo étant peu favorable, nous décidons de prendre la direction du Golfe du Morbihan par le passage des Beniguets. On a un vent dirigé plutôt Nord et nous préférons les Béniguets au passage de la Teignouse.

Frank, toujours audacieux s’exerce à la pêche aux maquereaux, (pourquoi le pluriel ?), tentative infructueuse, sans succès. À 14h10, nous mettons le cap sur le Golfe, puis entrons dans le Golfe avec un fort courant, notamment lors du passage de la Jument. Nous arrivons par temps pluvieux à l’Ile aux Moines vers 16h15.

Toute la bande à Bono…
Après une douche réparatrice, nous préparons la nav du lendemain : option, tour de l’Ile aux moines ou  port d’Auray. Les calculs de marées et des courants nous amènent à exclure la première proposition. La journée se termine par le traditionnel apéro qui donne lieu à des échanges conviviaux.

Le samedi matin, nous quittons l’Ile aux Moines direction le Sud, pour ensuite remonter vers le Nord dans la direction du Bono, dans l’objectif de passer sous le pont qui nous mène à Saint-Goustan, petit port pittoresque d’Auray.

Double difficulté, voire triple difficulté : d’une part, il faut remonter la rivière du Bono avec les courants, d’autre part, il faut avoir assez d’eau pour naviguer au-delà du Bono, mais il ne faut pas qu’il y ait trop d’eau, sinon, on ne passera jamais sous le pont de Kerplou qui annonce un tirant d’air de 14 m, ce qui signifie que l’on a 14 m sous le pont par coefficient 90 à marée haute. Le tirant d’air de Ti Braz (antenne non comprise) est de 13m……Ouuuuuhhhhh, ça va être chaud, surtout que notre coefficient de marée est de 104. Eh bien, Messieurs Mesdames, à vos calculs…..

Des calculs au centimètre près
Organisation oblige : nous quittons donc l’Ile aux Moines vers 8h30 du matin, petite pause à Locmariaquer pour préparer le pilotage dans la rivière d’Auray, affiner nos calculs et vérifier que tout va bien coïncider, courants et hauteurs d’eau….. et en route pour Saint-Goustan.

Après une navigation à la voile puis au moteur, et un déjeuner au Bono, on arrive sous ce fameux pont. Et là, l’illusion d’optique lorsqu’on regarde le pont de notre petit bateau bas sur l’eau, nous fait vraiment penser que le mât va toucher…. Et on serre les fesses (ça ne sert à rien mais c’est comme ça), et ouuuufffff, ça passe largement. Il faut dire que juste avant le pont, il y a une jauge qui nous montre exactement combien de hauteur d’eau il y a exactement au moment où on passe. On arrive donc dans ce petit port de Saint-Goustan, où le responsable de la capitainerie nous prête une annexe, ce qui nous permet d’aller boire un verre bien mérité pour arroser ce fameux passage de pont.

Mais le dimanche matin, il faut refaire le même travail dans l’autre sens. On doit partir en début de marée descendante à cause des courants, pas trop tard pour qu’on ait assez d’eau pour manœuvrer, mais pas trop tôt non plus, sinon il y aura trop d’eau pour passer sous le pont.

Un équipage de haut niveau
Après nos calculs, on constate qu’il faut partir avant 8h30. Nous  franchissons le pont, toujours le cœur trépidant. La descente  de la rivière d’Auray se passe sous un ciel voilé et un air humide, en silence, la chef de bord toujours légèrement soucieuse du niveau des eaux de marée basse.

Elle indique au barreur “plus á gauche, tu vois la rouge, Tu la laisses à bâbord”… Une fois arrivés au niveau de la petite statue de la vierge Marie du Bono qui surplombe la rivière, c’est déjà plus tranquille. La Madonna est avec nous, le soleil se lève et les vents s’avèrent favorables pour une sortie du golfe du Morbihan avec un vent de travers.

À ce moment-là, nous décidons de faire cap au sud et de travailler des manœuvres dans la baie de Quiberon, avant de rentrer au Crouesty. Devant Locmariaquer, notre chère capitaine lève sa voix douce et rassurante, “Mets-toi face au vent, pour hisser la GV, vite car il y a les parcs à huîtres en face, il faut mettre tout de suite 2 ris car le vent se lève… ”

À 11h00, nous sortons du Golfe sous un vent soutenu NW, sous un ciel bleu et ensoleillé. Quel bonheur pour tester les délicieuses répliques : « Parés à virer, on empanne, choque, choque, borde à fond ! » Chacun son tour. Après plusieurs empannages, virements de bord, mises à la cape, nous comprenons l’importance de lâcher la voile á un moment précis, de laisser la barre derrière les fesses au moment des changements de bord, etc.

Nous décidons de rentrer à 13h00 au Crouesty où le nettoyage, les comptes de la caisse de bord, le traditionnel pot avec la chef de bord et les tristes adieux nous attendent. Nous déjeunons d’un couscous, salade, tomates, avocats, concombre, lardons, le tout avec œufs à la coque pour fêter nos manœuvres presque toutes réussies.”

Crédit photo – Terres-celtes.net

2 comments

  1. Bravo Dominique, j’ai aimé ta relation de cette semaine de navigation à la Toussaint.
    En espérant se retrouver au printemps prochain.
    Je souhaite à tous les membres du C.M.N. de passer de joyeuses fêtes de fin d’année.
    A bientôt.
    Edouard

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