L’aventure de Damien

Bonjour,

Je m’appelle Damien, il y a bientôt un an je démarrais mon congé sabbatique tant attendu avec comme projet principal, une transatlantique retour entre la République Dominicaine et Toulon.

Au programme, 4000 miles nautiques en route orthodromique sur un Euros 41 (ketch du chantier Amel) de 42 ans en bon état, avec trois autres personnes rencontrées sur le site de bourse aux équipiers « Vogavecmoi » : Un capitaine retraité de la marine de 77 ans et 2 femmes de 75 et 24 ans.

Après quelques mois intensifs au CMN pour « bouffer des miles » et un stage hauturier aux Glénans, je décolle le 27 avril pour Ponta Delgada sur la côte Nord de la République dominicaine.

Nous partons 2 jours plus tard après les derniers  préparatifs en direction des Bermudes, à 870 miles au Nord de notre position. Nous réalisons ce trajet en 8 jours.

C’est une première pour moi de quitter la terre de vue aussi longtemps. J’apprends la navigation au long cours, l’enchaînement des quarts, un rythme de vie où le temps s’arrête et rien d’autre ne compte à part la bonne marche du bateau et de l’équipage. Nous analysons régulièrement les fichiers météo, la navigation n’est pas compliquée : nous faisons route Nord majoritairement au près.

Progressivement chacun trouve son rythme de vie. Nous apprenons à nous connaitre et partageons des moments intenses de convivialité et les « corvées » aussi (faire la cuisine dans 30 degrés de gîte relève de la prouesse acrobatique !).

L’arrivée aux Bermudes est un peu une délivrance. Nous restons 9 jours sur place. D’abord pour se dépenser physiquement, se reposer et aussi pour découvrir ces îles perdues au milieu de l’océan : le paysage est magnifique, la faune et la flore marine luxuriantes. Nous faisons notamment un mouillage entre des îles paradisiaques avec comme seuls voisins des tortues de mer !

Une fois les réparations effectuées, les pleins de courses, d’eau et de gazole faits, nous partons le 15 Mai avec comme étape suivante les îles des Açores à 1670 nautiques en route directe soit au minimum 2 semaines en mer en autonomie complète. Le départ est décalé d’une douzaine d’heures au dernier moment parce qu’un front passe sur nous, puis après une courte nuit, c’est le moment de se lancer !

Pendant la traversée nous allons le chef de bord et moi passer beaucoup de temps à analyser la météo et la navigation. La stratégie est claire : monter au nord pour récupérer les vents forts qui arrivent de Terre-Neuve, en alternant avec des routes plus au Sud pour éviter le gros des dépressions. J’y gagne mes galons de « gabier prévisionniste météo » et m’initie au sextant.

Je découvre également un mode de vie au ralenti coupé du reste du monde : plus d’autres bateaux, ni même de traces d’avion dans le ciel. Des émotions qui deviennent décuplées par rapport à la vie à terre. J’ai l’impression d’être dans les pas de mes héros dont j’ai dévoré les livres (Tabarly, Moitessier, Bombard et tant d’autres).

Ce que je préfère : les quarts de nuit lorsque les conditions sont clémentes et qu’on a l’impression d’avoir le bateau pour soi.

J’assiste, en musique, à des levers de lune couleur rouge sang, des couchers de soleil inondant le ciel de toutes les couleurs, des démonstrations de sauts de dauphins au clair de lune…

 

Tant d’images qui me rappellent à quel point la nature est extraordinaire.

En arrivant aux Açores le 29 Mai après 15 jours de mer, nous sentons l’odeur de la terre avant de l’apercevoir car l’île de Flores est littéralement dans le brouillard. Nous sommes tellement contents de voir la terre, de pouvoir appeler nos proches pour les entendre et nous fêtons cette traversée comme il se doit avec les marins d’autres bateaux venant d’arriver comme nous. Chacun raconte comment il a vécu cette traversée, les problèmes en tout genre rencontrés…

Nous profitons ensuite une dizaine de jours sur place pour visiter plusieurs îles. Elles sont toutes très différentes : tantôt volcaniques, florées, verdoyantes, habitées ou non… Nous faisons des randonnées dans des paysages magnifiques et je découvre des gens d’une profonde gentillesse et avec le cœur sur la main.

 

Le départ le 19 Juin est difficile : d’un côté nous sommes contents de retrouver le continent, mais de l’autre nous aurions aimé profiter de ce paradis terrestre encore davantage. Et puis il reste 900 miles à faire, la route est encore longue avant Gibraltar !

Après 9 jours de mer, l’arrivée au « Rocher » nous ramène de plein fouet à la civilisation. Entourés par les cargos et super-tankers nous retrouvons le rythme agité de la ville. J’ai envie de fuir de nouveau en mer !

Démarre ensuite une remontée assez rapide où nous longeons la côte sud espagnole, puis faisant des escales aux Baléares, avant de retrouver Toulon le 1er Juillet.  Vient alors la fin d’une page de ma vie qui aura duré un peu plus de 2 mois et des adieux déchirants, car cette expérience était tellement forte que je quitte une « famille ».

Le retour à terre est une épreuve qui durera 2/3 semaines. Je suis partagé entre la joie de retrouver mes proches et l’envie de prolonger cette aventure. Je dois également me ré acclimater au rythme de « terrien », avec un nouveau rêve en tête : repartir, mais cette fois avec mon bateau 😉.

Damien MOREL

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