De An Mhuir Cheilteach à Penn ar Bed

Ou, en français dans le texte, de la mer Celtique au Finistère. Croisière ébouriffante menée par Jean-Pascal, avec Gaëlle, Françoise, Bruno, Michel comme équipage de charme et de choc, et moi, Morgane, comme novice.

                                                      

Rendez-vous est pris à Kinsale, près de Cork, où nous célébrons notre arrivée sur le sol irlandais en présentant nos hommages aux pubs locaux et en sacrifiant au rituel du « fish and chips ». Puis c’est le départ pour Baltimore, en compagnie d’Anne-Charlotte, du bord précédent, qui a passé la journée sur Nao pour prolonger le plaisir de notre délicieuse compagnie. Michel s’applique consciencieusement à choisir les sonneries qui nous réveilleront tous les matins, passant de la voix (enivrante) de Dee Dee Bridgewater à celles (enivrées) des Pogues, pour notre plus grand plaisir.

Arrivée à Baltimore la francophile, où nous montons à sept dans l’annexe. Résultat du test : ça passe, mais tous les fessiers en sont ressortis trempés. Nous goûtons le maquereau fumé local et savourons un bain de mer, disons, euh… revigorant.

Départ pour Crookhaven, aujourd’hui encore, le vent est avec nous. Euphorie totale devant le spectacle répété des dauphins venant jouer près du bateau, et des phoques qui se prélassent sur un rocher en regardant passer Nao. Soirée à bord et sommeil bercé par les exclamations des buveurs du O’Sullivan’s Bar tout proche. Le chef de bord est tout ému : c’est dans ce pub qu’il avait fait escale lors de sa première croisière en Irlande, en 1990. L’équipage insensible reste sourd à cet élan nostalgique et nous ne descendons pas à terre.

Nous quittons Crookhaven pour Sneem, dans une grosse mer aux vagues hautes et puissantes. Dans l’air barré de pluie, on voit apparaître le Fastnet Rock, qu’on guettait depuis plusieurs milles. A Sneem, on prend trois coffres et on gonfle amoureusement l’annexe. L’ingrate choisit cependant de nous planter, le moteur refusant de coopérer. Arrivée tant bien que mal sur la terre ferme. Michel râle parce que le pub est à 4 kms. Soirée dans le joli petit bourg coloré et coup de chance pour le retour : Teddy et son taxi nous ramènent à l’annexe, non sans avoir insisté pour nous montrer la stèle dédiée au général de Gaulle venu passer ses vacances à Sneem en 1969. Enfin, il nous ramène et nous nous reposons à bord avant d’attaquer le trajet pour Dingle.

                                     

La mer est forte et offre des creux de quatre mètres ! Le port de Dingle est très animé car des courses interrégionales Kerry/Donegal opposent des équipes d’aviron. Balade dans la jolie ville de Dingle, où on achète sa bouteille de gaz dans un pub (!) et où le jeton de douche du port vous octroie à peine cinq minutes d’eau, pas une seconde de plus. Superbe soirée dans des pubs beaux et accueillant des groupes musicaux engagés et entraînants. A Dingle, la musique, c’est comme le vent : ça décoiffe  ! (cf. photo ci-dessous 😉     

Le dimanche, nous larguons les amarres pour l’île de Valentia. Voilà déjà 218 milles de parcourus ! On comptait se rendre aux îles Scilly dès aujourd’hui mais les conditions de navigation prévues ont orienté le programme vers cette escale. Arrivée au port de Knightstown (et à sa « marina fantôme », toute vide en l’attente des travaux à venir) sous le guidage du phare : lumière blanche si on avance bien dans l’axe du chenal, rouge ou verte si on s’écarte trop, et pause au Bostons Pub.

Le lendemain, départ de Valentia sous un ciel limpide : on aperçoit très bien les deux îles Skellig, celle consacrée à la réserve d’oiseaux, et celle hébergeant un phare datant de 1865, un monastère attirant des pèlerins, et ayant hébergé l’équipe du tournage des films Star Wars pour quelques scènes des épisodes 7 et 8 (avis aux fans !). On croise des rochers rencontrés à l’aller : « the bull » et la petite famille, « the cow » et « the calf ». Le vent faiblit lors de notre approche du Fastnet et le spi est envoyé, sous 18 nœuds de vent.                      

                                                               

Je découvre, émerveillée et inquiète, cet énorme parachute et ma première expérience de barreuse au spi. Puis on constitue des  quarts et je découvre dans la foulée la navigation de nuit. Journée mémorable entre toutes ! Pas facile de récupérer le sommeil manquant : on pique un peu du nez en court du matinée et Françoise trouve le lieu parfait pour la sieste : au creux du génois.

Le mardi, on approche des îles Scilly ; le vent est portant, le spi est de nouveau à l’honneur et nous mène de 8h30 à 17h (!). Le temps est superbe. Françoise en profite pour m’initier à l’art de la surliure, tandis que Bruno, Gaëlle et Michel tentent la pêche à la traîne. Le vent continue de forcir et on arrive à l’île Tresco après environ quarante heures de traversée de la mer Celtique. Balade bucolique dans cette petite île de carte postale anglaise.

                    

Navigation le lendemain vers l’île de St-Mary’s, sous l’oeil cyclopéen du phare de Bishop Rock. Il y a un beau soleil et c’est particulièrement agréable de barrer. Soirée sympa à l’Atlantic et nuit agitée sur Nao, qui tangue comme un fou. Journée suivant entre St-Mary’s et St-Agnes, dont on fait le tour. Déjeuner à bord de la pêche arrachée à la mer la veille (délicieux !) et nouveau bain de mer pour les plus courageux.

                 

       Puis c’est le retour vers la Bretagne, avec une nouvelle nuit de navigation : on rejoint Aber Wrac’h en vingt-deux heures. Nuit incroyablement douce ; Michel et Gaëlle sont particulièrement gâtés pendant leur quart, par des dauphins qui leur réservent un vrai spectacle collectif. Très belle journée. Initiation par Françoise et Bruno à la nav’, pour entrer dans le port d’Aber Wrac’h, et à l’identification de la multitude d’amers à repérer. Splendide ciel en récompense…

Derniers repas ensemble, nettoyage à fond du bateau et c’est déjà l’heure de céder la place à l’équipage suivant et de partir. Pas facile de quitter des gens aussi adorables que ceux du bord où j’ai eu la chance de monter. Et très grande envie, après cette première expérience, de remettre ça l’été prochain…

       

Morgane.

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